Auteur : Nicolas Rio

La semaine dernière avait lieu le MIPIM (marché international des professionnels de l’immobilier). L’occasion de revenir sur les tendances qui transforment le monde de l’immobilier. Si « L’immobilier a du rattrapage à faire en matière d’innovation » (interview du directeur innovation d’Icade dans Les Echos), les signaux de changement se multiplient.

1/ Nouveaux usages : l’immobilier sur abonnement

Après l’hotellerie avec le succès d’AirBNB, c’est au tour de l’immobilier de bureau de voir son paysage se transformer. L’essor de coworking et sa diffusion géographique illustrent ce changement. « Le coworking redessine La Défense » titre (hâtivement) Demain la ville. Derrière ce phénomène, deux évolutions méritent d’être soulignés.

Une transformation de la proposition de valeur. Le coworking ne propose pas des m² génériques mais un espace de travail avec les services associés. « Les espaces de coworking répondent à ce besoin en formalisant une offre jusqu’alors disparate. En résumé : l’ambiance détendue d’un café couplée à la garantie d’avoir une place pour s’asseoir, une imprimante et une connexion internet. »

Une optimisation du taux d’occupation qui permet de limiter les coûts. « Marie Varasson, journaliste au Nouvel Économiste, rappelle que « Deux mètres carrés en fixe à la Défense se louent entre 600 et 800  euros [par mois] selon l’immeuble, tandis que le prix d’un poste en coworking démarre à 280  euros. » »

Et si la mode du coworking masquait un mouvement plus structurel pour l’immobilier d’entreprise, l’achat ou la location de bureaux fixes et vides laissant la place à des abonnements pour des espaces de travail multi-localisés et associés à des services ?

2 / Repositionnement des acteurs : du promoteur à la plate-forme de services

Comme dans le secteur de la mobilité, les acteurs traditionnels de l’immobilier doivent ainsi faire face à de nouveaux entrants. « Airbnb pour l’hôtellerie, Amazon pour les centres commerciaux…et Wework pour l’immobilier de bureaux » signale le Moniteur.

Et de citer l’exemple du groupe Accord : « Sachant que la plupart des 4 100 hôtels du groupe sont ouverts 24 heures sur 24, avec un personnel dédié, «ceux-ci pourraient proposer de nouveaux services aux habitants des villes où sont implantés les hôtels, pour améliorer leurs conditions de vie ». Si Sébastien Bazin n’entre pas dans le détail des nouveaux services que son groupe pourrait proposer, le rachat de John Paul, leader mondial des services de conciergerie, par AccorHotels le 16 novembre dernier, constitue peut-être une première piste » »

Ce positionnement sur les services se retrouve aussi chez les promoteurs immobiliers, comme le mentionnait La Croix dès 2015 avec l’exemple de Nexity en citant sa prise de participation dans ZenPark (offre de parking partagée) et dans WeRoom (plateforme de colocation) ou son partenariat avec Hertz pour proposer de l’autopartage dans les résidences. Depuis le groupe a créé une direction dédiée aux nouveaux usages urbains pour « travaillera pour et avec tous les métiers du groupe sur les enjeux de l’aménagement urbain : ceux de mobilité et de transports, d’environnement et d’énergies propres, d’intelligence numérique et de connectivité, de mixité des usages et de modularité des espaces » (Le Moniteur).

« En fait, nous ne sommes pas une société immobilière mais une plate-forme de services à l’immobilier », explique Alain Dinin. « Nous fournissons déjà et fournirons à l’avenir beaucoup plus de réponses en termes d’usages que de produits », ajoute le président du groupe, exemples à l’appui : « Un ménage client chez nous a-t-il besoin de revendre ? De faire estimer un bien ? De louer un studio pour un enfant ? De trouver une maison de retraite pour un parent ? De déménager ? De réserver un bureau pour quelques jours ? Nous devons modifier nos organisations pour qu’un client ait une seule réponse même si plusieurs métiers du groupe ont à intervenir. » (Les Echos).

Ce repositionnement des grands promoteurs est d’autant plus rapide qu’ils se retrouvent confrontés à la concurrence des plus petits « qui bousculent le marché immobilier et le poussent à se transformer » (Les Echos). Les lauréats de Réinventer Paris illustre ce basculement. Les Bouygues, Vinci ou Nexity ne s’y sont pas trompés, en s’engageant fortement dans l’appel à projet Inventons la métropole. Ils représentent 42% des mandataires des groupements sélectionnés en seconde phase (Batiactu).