La chaîne de valeur du service public de l’énergie (en l’occurrence, l’électricité) consiste en plusieurs tâches clés, assurées par différents types d’acteurs.

Cette chaîne de valeur regroupe l’ensemble des tâches clés nécessaires à la conception, à la mise en œuvre et à l’exploitation du service public de l’électricité avec une distinction nécessaire des différentes activités.

En amont, on trouve d’abord la conception de l’offre de service, c’est-à-dire la définition des objectifs en matière de mix énergétique, de qualité de service et de prix du service pour les activités de transport et de distribution. Ensuite, les tâches liées au financement des infrastructures de chaque activité (production, transport, distribution) nécessitant la mobilisation de capitaux importants et à l’exploitation des services (entretien et maintenances, marketing, vente et communication).

Plusieurs acteurs sont classiquement impliqués dans cette chaîne de valeur :

  • l’Etat, qui intervient en amont de la chaîne dans la conception de l’offre de service en tant que acteur de la réglementation et régulateur, les autorités organisatrices, qui sont, du fait du rôle de l’Etat dans la régulation du service, dans le financement et le contrôle du service lié à la distribution publique d’électricité ;
  • les opérateurs privés et publics (EDF, RTE, ENEDIS, GEG, Electricité de Strasbourg, Sorégies ainsi que les nouveaux entrants Direct Energie, Engie, Enercoop, ) qui assurent l’ensemble des tâches liées à l’exploitation des services tout en respectant les règles de dissociations des activités imposées par les règles européennes :
  • EDF reste l’acteur prépondérant et couvre l’ensemble de la chaîne de valeur, notamment du fait de son parc de production d’électricité, de sa mission d’obligation d’achat des productions ENR, de ses participations dans RTE et ENEDIS, de sa mission de service public de fourniture d’électricité au tarif réglementé et de sa part de marché importante sur le marché libéralisé de la commercialisation de l’électricité. EDF est également un acteur significatif sur le marché du gaz et de chaleur ;
  • Pour les ELD (entreprises locales de distribution), elles sont essentiellement impliquées dans la distribution et la commercialisation de l’électricité, dont les prix de ces deux activités sont fixés par les pouvoirs publics. Elles interviennent également dans le domaine des concessions gaz et parfois de la chaleur, bien qu’elles n’aient pas atteint le développement des stadwerke allemande en matière de gestion multi-énergie. Ces entreprises interviennent de plus en plus dans la production d’énergies renouvelables. SERGIES (Vienne), par exemple, a développé depuis près de 15 ans un parc de production diversifiés (éolien, photovoltaïque, méthanisation) sur son territoire et dans la région autour tout en tissant des partenariats notamment avec plusieurs SEM de production d’énergies renouvelables créées par des syndicats d’énergie et des fonds d’investissements citoyen ;
  • Les autres opérateurs privés interviennent essentiellement au niveau de la production et/ou de la commercialisation d’énergie (le transport et la distribution étant une charge calculée en fonction du tarif régulé d’acheminement). Engie, opérateur historique en gaz, est l’un des principaux concurrents d’EDF en matière de production et de fourniture.
  • Les usagers qui utilisent et financent le service.

 

Le modèle économique du secteur de l’énergie fait aujourd’hui face à de nombreuses transformations, qui encouragent la recomposition et la mutation de sa chaine de valeur. La production de l’énergie et son acheminement défini par l’intermittence, la diffusion géographique, la centralisation des centrales de production, l’offre peu flexible, le non stockage de l’énergie, …) est notamment bouleversée par l’avènement des énergies renouvelables, des réseaux intelligents, des bâtiments basse consommation, des usages différents, qui induisent des transformations sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

On peut alors faire plusieurs constats :

Tout d’abord, pour devenir leaders de la transition énergétique aujourd’hui, les acteurs de l’énergie doivent miser sur certains maillons de la chaine, notamment sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et les nouveaux métiers fortement liés aux technologies numériques.

On constate par ailleurs l’arrivée de nouveaux acteurs sur cette chaîne de valeur :

  • De nouveaux orchestrateurs de la chaine de valeur : les avancées technologiques (énergies renouvelables, méthanisation, valorisation énergétique des effluents, smart grids, etc.) permettent de proposer des offres alternatives de production/distribution d’énergie.
  • Des désintégrateurs : Ces acteurs agissent comme des désintégrateurs de la chaîne de valeur car ils se positionnent sur l’un de ses chaînons en proposant leurs services aux usagers, aux entreprises et aux collectivités. On peut notamment citer les startups du digital qui proposent des services de suivi en temps réel de la consommation ou les acteurs qui se positionnent sur le marchés de l’efficacité énergétique, de l’ajustement et de la gestion de l’offre et de la demande.

On constate également une certaine décentralisation et miniaturisation de la production d’énergie au plus près du consommateur, ce qui pose la question de la gestion des réseaux et de leur échelle de fonctionnement.

 

Nous verrons dans un prochain article, l’impact de l’entrée de ces nouveaux acteurs et de ces bouleversements sur la chaîne de valeur du service public de l’énergie.

En tant que producteur d’énergies renouvelables décentralisées, qu’autorités organisatrices des réseaux de distribution d’énergie, que prescripteurs des règles d’urbanisme et en étant à la croisée d’autres secteurs publics et de l’énergie (mobilité intelligente et valorisation énergétique des déchets notamment), les collectivités territoriales sont au cœur du processus de transformation énergétique et doivent adapter leurs actions à ces différents bouleversements et enjeux.